Du canal de Panama aux Marquises

Nous revoilà, fidèle au poste, ou plutôt au blog!

Quel plaisir de vous retrouver…

Nous espérons que ce post vous trouvera en bonne santé et plus fort que jamais!

Beaucoup d’eau a coulé  sous la coque depuis notre dernier rendez-vous…

Petit flash back :

Panama City

Nous nous étions quittés, impatients de quitter Panama. Après un mois au port de Shelter Bay, il était temps pour nous de se jeter dans le canal !  Notre agent s´était occupé des formalités administratives (Inspection du bateau, relation avec la banque, transmission des papiers, protection de la coque avec pare battages supplémentaires…) L´eau de là nous attendait...

Durant mon mini trip en Belgique, Sofiène avait même trouvé 3 handliners, des candidats souhaitant s´entraîner au passage des écluses. Ces préposés, postés aux quatre coins de SeaCroods allaient nous aider à retendre les aussières lorsque l´eau monte dans les écluses et à les détendre lorsque l´eau descend.  

Sofiène avait protégé soigneusement les panneaux solaires pour éviter la casse liée à l´envoi des pommes de touline sur le bateau et qui permettent de lever les aussières durant le passage.

Vous me suivez toujours ? C´est un peu technique pour les non voileux !

Nous sommes partis riches de nos nouvelles rencontres, comme celle avec le bateau Ourialis. Mais aussi  avec Jean-Pierre, un Québecois, roi du pop corn et maître dans l´art de raconter des histoires, ou encore de Yann parti de Bretagne sur son Baluchon de 4m qu’il a construit lui même.

Le 28 février, nous avons salué la marina vers 10h30 du matin avec, à bord, Judith, Haakon (un couple de Danois) et Tony (un anglais). Une grande complicité s´est rapidement installée entre nous malgré la barrière de la langue. Il faut croire que je fais des progrès en anglais ! 😊

A peine partis, nous avons jeté l´ancre face aux écluses, pris le temps de manger des sandwiches et fait monter à bord l’ « advisor », Alexandro, l’agent qui allait nous guider tout au long de ce premier jour.

Nous avons passé les trois premières écluses de Gatùn à couple avec un monocoque, tout était réglé comme du papier à musique. Enfin, presque ! Il a d´abord fallu accorder nos violons pour les amarres mais aussi pour les manœuvres aux moteurs car nous dirigions le convoi.

Le lac Gatùn nous a hébergé pour la nuit. Il parait qu´il grouille de crocodiles et qu´il ne faut pas y mettre un doigt de pied !  On ne s´y est pas risqué… On les a encore tous !

Le lendemain, nous avons continué notre chemin vers les 3 dernières écluses, non sans avoir récupéré , Hector, l´advisor du jour. Après un long trajet de 4 heures dans la bonne humeur et un bon chilli con carne, nous sommes arrivés à Pedro Miguel, la première des trois dernières écluses avant le Pacifique.

A Pedro Miguel, nous nous sommes retrouvés seul, juste devant un paquebot de croisière avec tous ses passagers sur le pont à mitrailler avec leurs appareils photo.

 

Le passage du canal est une attraction touristique.

Heureusement, personne ne nous a  jeté des cacahouètes!

Et pour les deux dernières écluses, Miraflores, nous étions pris en sandwich entre 2 autres bateaux. Cool, il n´y avait rien à faire au niveau des amarres, pour nous, mais Sofiène devait diriger tout le convois avec les deux moteurs au travers des écluses. A la dernière écluse nous étions face à la porte du paradis qui s´est ouverte sur l´Océan Pacifique devant nos yeux ébaillis ! C´est là que tout le monde a dit : « waouwww »

Le pont des Amériques

qui relie symboliquement l´Amérique du nord et l´Amérique du Sud

A la sortie du Canal, mouillage une nuit à Balboa et quelques jours à La Playita en compagnie du bateau Ourialis.  Après avoir fait les formalités de sortie de Panama, nous avons alors mis les voiles vers Las Perlas, un archipel à 6 heures de navigation. Nos amis, eux, ont pris la route des Galapagos, au grand désespoir des enfants qui s´amusaient bien avec leurs nouveaux copains ! SeaCroods, avant de partir, avait fait l’appoint  de diesel à la marina luxueuse Flamengo.

Durant la nav, des dauphins, des baleines, des raies et des pélicans bruns nous ont escortés. Nous avons tout d´abord ancré à Chapera mais nous avons rapidement migré vers un peu plus de civilisation, à Cantadora.  Sur cette île, nous avons fait le plein de nourriture. Les magasins étant assez rudimentaires, nous avons emporté tout ce que nous avons trouvé en produits frais mais c’était loin d´être suffisant pour un mois en mer…  Très vite, la crudivore qui vit en moi allait devoir se rendormir en attendant qu´une salade la réveille mais quand ?

Un peu comme dans « l´île Fantastique », le célèbre feuilleton de notre enfance, les touristes, sourire aux lèvres, se déplaçaient à Cantadora en petite voiture de Golf. La plage était paradisiaque mais ne possédait pas de ponton pour y amarrer notre annexe. Lestée de son ancre, tel un chien à sa laisse, elle attendait nos retours d´escapades à terre. Sofiène et les garçons allaient la récupérer à la nage pendant que Lynn et moi, nous attendions sur le sable fin les doigts de pied en éventail.

Et puis,

Et puis, nous avons repris notre route pour 30 jours au sein de l´Océan Pacifique… Cette fois-ci, avec réjouissance, la mer commençait à me manquer ! Je n´imaginais pas que cela puisse arriver, moi qui aime tant la terre ! C’est peut-être parce que tout s´inverse lorsqu´on franchit la ligne de l´Equateur.

Les quarts, cependant, ne me manquaient pas du tout ! Et puis, ayant raté les Iles de Pâques pour cause de retard sur notre planning, nous avions rendez-vous avec les Marquises. Cette destination me tenait particulièrement à cœur, me réjouissait. J´avais l´impression que j´allais y rencontrer le Grand Jacques en personne ! La côte s´effaçait à peine pour faire place au grand bleu que je commençais la lecture sur mon Kindle d´un livre qui vient de sortir, un thriller haletant qui se déroule aux Marquises, « Au Soleil Redouté » de Mussi (merci Séverine). Avec plan à l´appui, j`ai suivi les personnages de près sur L´ile d´Iva Hoa où nous allions débarquer. Après la lecture du bouquin, J´avais l´impression de m´être recueillie devant la tombe de Jacques Brel, d´avoir mis les pieds dans l´exposition qui lui est dédiée en versant une larme tellement la musique diffusée était prenante. Dans ma tête de lectrice, tout un univers s´était créé. Le petit gite où se passe l´histoire (existe-t-il vraiment ?), le cimetière, le port, le village d´Atuona, ses habitants, leur histoire, leur culture n´avait plus de secret pour moi. J´avais l´impression d´arriver en terre connue mais la réalité fut bien différente… D´un triller, je suis passée à un livre de science-fiction…  L’ombre du Corona était là…

Mais je vais y revenir…

Durant mes têtes à tête nocturne avec SeaCroods, c’était le moment idéal pour faire le point. Depuis mon aller-retour en Belgique, je me sentais plus légère. Avoir vu mes parents et quelques- unes de mes amies m´a fait un grand bien. Reboostée pour la suite de nos aventures.  Je ressentais un manque de plus profond lié au fait d´être loin de mon pays. Je n´ai pas eu le temps de voir toutes les personnes chères à mon cœur et j´aurai donné cher pour passer quelques minutes avec notre chat. Mais durant ces 4 jours, chrono en main, j´ai profité de chaque seconde. J´étais fatiguée et en même temps sous adrénaline. J´ai quitté Panama sur un coup de tête. Rien n´était planifié. En un quart d´heure, mon vol était réservé et mon départ était prévu pour le lendemain. Finalement, c’est le surlendemain que j´ai décollé car je n´avais pas le Visa ESTA pour l´escale à New-York.

Dans le petite Fiat Punto prêtée par ma maman, j´ai retrouvé mes sensations au volant.  J´ai toujours aimé conduire. Liège m´a ouvert ses portes ou du moins, la barrière de son parking sous- terrain, place Saint- Lambert. Je m´y suis engouffrée.

J´ai pris l´ascenseur avec deux hommes qui se connaissaient manifestement d´ailleurs…

  • « Bonjour Mickael », commença le plus âgé qui devait avoir une cinquantaine d´années.
  • « Bonjour Maître, répondit énergiquement le jeune, à peine sortit de l´adolescence.
  • « Tu vas bien ? », continua l´avocat
  • « Oui, très bien, Maître »
  • « Tu reviens du – 2 ?

Ne laissant pas le garçon répondre, il exposa le fond de sa pensée :

  • « Il parait qu´il y a des dealers qui s´y baladent…, tu dois être au courant, toi, non ? », avec un genre de monsieur « je-sais-tout »
  • « Non, Maître, je ne touche plus à rien depuis 6 mois. Tout ça, c´est du passé ! se défendit le jeune, avec une pointe de fierté.

Ensuite, l´ascenseur a ouvert ses portes. Ces quelques secondes suspendues dans les airs m´ont replongées dans “ma vie d´avant”  à la clinique Notre Dame des Anges (que je salue au passage ;-))

Et puis, en mode touriste, j´ai savouré mes retrouvailles avec la Cité Ardente. Rien ne me faisait envie dans les boutiques. Normal…Mon univers est tellement différent à présent. Les bonnets, les écharpes, les gros pulls et les manteaux ne me sont plus d´une grande utilité ! En revanche, une batterie supplémentaire pour mon téléphone, oui. Car, sur un bateau, la gestion de l´électricité est importante.

Incognito à la FNAC, Claire, une amie, m´a fait sursauter en prononçant mon prénom dans le rayon des jouets. J´ai fait un bon d´un mètre en poussant un cri qui nous a valu un fou rire mémorable. Je me sentais un peu comme une évadée craignant d´être démasquée ! Ma présence à la FNAC ne faisant pas trop aventurière au bout du monde !

Au Cora de Rocourt, rien n´avait changé. Pourtant, j´avais l´impression d´y mettre les pieds pour la première fois. Mes yeux ne savaient plus où donner de la tête. J´avais oublié le gigantisme d´une grande surface, ses allées interminables, ses dizaines de caisses, ses gens pressés au teint pâle.

Mes yeux ont pétillé dans le rayon des fromages. Le souvenir de toutes ces saveurs me sont revenues et je me suis extasiée devant certains emballages. J´ai rempli mon chariot sans réfléchir au poids de mes bagages ni aux contrôles à l´aéroport. Chocolat, charcuterie, biscuits, chiques, fruits secs… ont rassasiés mon sac militaire qui était affamé à mon arrivée. Il pesait 20 kg lorsque j´ai repris l´avion ! Heureusement, tout est passé aux douanes.

Durant mon deuxième jour en Belgique, les premiers flocons de l´année ont frappés à la fenêtre de la chambre de mon enfance. Quel bonheur de voir les sapins recouvert d´un manteau blanc. Et dire que les Panaméens n´en ont jamais vu !

“Il neige sur Liège” J. Brel

Mais revenons au chaud sur SeaCroods…

24 mars 2020. 14 jours de navigation. Assise à la table du cockpit avec un horizon à 360 degrés, je regarde dans le vague. Je devrais dire dans les vagues ! Cela fait des jours qu´on n’a pas croisé d´autres équipages. La mer, légèrement frissonnante nous berce. De temps en temps, je me plonge dans l´écran de mon ordinateur et j´écris quelques mots pour le blog. Naèl, face à moi, est absorbé par ses Lego qu´il monte et démonte. Sofiène à la barre, Kindle en main, veille. Lynn et Ilian jouent dans le carré. L´Océan Pacifique n´a jamais aussi bien porté son nom. Nous avançons à du 4 nœuds avec le spi symétrique. Depuis notre départ, le 10 mars, c´est à dire il y a 14 jours, nous alternons Grand-voile/ génois, spis symétrique/ asymétrique et code zéro. Il faut régulièrement réanalyser la situation pour gagner en vitesse. Les Alizés, sont ailleurs en ce moment.  Ils vont, ils viennent…Chaque jour, le moteur ronronne pour recharger les batteries. Il nous donne aussi un coup de pouce quand le vent, trop paresseux pour gonfler les voiles, les chatouillent. Elles se tordent alors de rire et on n´avance plus !

Nous avons franchi la ligne de l´Equateur. Sofiène avait préparé une petite cérémonie officielle de passage. La mer a reçu toute notre gratitude pour nous avoir porté ces 9 derniers mois. Ensuite, nous avons fait tchin avec un verre d´eau salée à la grenadine. Quel blagueur notre Capitaine !

Les réserves de nourriture se réduisent comme peau de chagrin. Quelques carottes, 2 concombres, 1 ananas, une noix de coco. Je crois que c’est un peu prêt tout ce qui nous reste en produits frais. C´est toute une gestion pour ne rien perdre. Quelle déception quand on ouvre un fruit et qu´il est pourri à l´intérieur car on a trop attendu. La crudivore en moi boude. La cambuse, elle, est encore pleine de produits non périssable. Nous faisons de notre mieux tous les 2 pour varier les menus et collations. Cela demande beaucoup de créativité de cuisiner avec ce qu´on a, avec ce qui reste… Les boites de conserves vides commencent à remplir les poubelles que nous débarqueront un fois à terre. Nos kilos en trop sont légués en offrande à l’Océan. Sofiène a été très généreux car il en a donné une dizaine ces derniers mois ! Tous les 2 jours, un pain arrive tout chaud. On prépare aussi du yaourt, du kéfir de fruits, des graines germées. C´est toute une organisation. La dernière bouteille de gaz est entamée. Il faut l´économiser si on ne veut pas finir la traversée avec des pâtes crues pour le souper.

27 Mars 2020 : En descendant de 3° 37′ sud, à plus de 200 miles nautiques de l´équateur, on a trouvé les vents portants. Vers 7 h du matin, nous sommes montés dans le train, dans ce courant d´air qui nous portent et nous fait avancer à du 7 nœuds. L´inconvénient, c´est que nous sommes ballottés, pris en otage entre 2 houles qui se fracassent sur notre coque. Les enfants et moi restons en position horizontale jusqu´á ce que notre capitaine nous fasse un règlement de voiles digne des grandes compétitions pour augmenter notre confort. Le programme essorage de la machine à lessiver a fait place au programme laine ! On recommence à vaquer à nos occupations.

Et 2 robes fait ” bateau” pour la princesse…

28 mars 2020. 18 jours de nav. Des nouvelles inquiétantes de nos familles nous arrivent via notre connexion satellite, l´Iridium. Un peu comme une douche froide. Les mots Corona, confinement, morts reviennent dans chacun des échanges… Coupés de toutes sources d´informations, seuls au monde sur notre île flottante, on ne sait pas quoi penser. Et puis on reçoit les chiffres... 20 000 morts en Europe, presque 300 en Belgique. En tapant le nombre de zéros sur mon clavier, j´ai l´impression de faire une erreur. On hallucine…On n´arrive pas à s´imaginer ce que vous vivez en ce moment, les rues vides, les magasins déserts, … Le personnel des hôpitaux doit être sur les genoux…

Des tas de questions restent en suspens dans le carré de notre voilier qui file vers les Marquises. Nous devrons attendre le wifi pour nous raccorder à l´information. Les enfants s´inquiètent en nous écoutant discuter du sujet qui prend des allures apocalyptiques. « Est-ce que le virus sera parti quand nous reviendrons ? » me demande régulièrement Naèl, inquiet… Je lui réponds toujours de façon rassurante…. Mais je n´en sais rien…. Et mes lectures, prises au hasard sur ma clé USB, ne m´aident pas… Dans Inferno de Dan Brown, un imminent biologiste visionnaire veut sauver le monde en créant un virus destiné à réduire la surpopulation mondiale qui appauvrit toutes les ressources de la terre. Brrr, ça fait froid dans le dos. Parfois, la réalité rattrape la fiction

Nos amis du bateau Ourialis nous préviennent qu´ils sont bloqués en quarantaine 15 jours aux Galapagos et nous apprennent qu´aux Marquises, nous risquons d´avoir le même châtiment. Finalement, ce n´est pas plus mal que nous soyons en ce moment au milieu de nulle part, à 15 jours de voir la terre… A notre arrivée, vont-ils aussi nous empêcher de sortir du bateau ? Est-ce que notre mois en mer va faire office de quarantaine ? Nos amis, Isabelle et Luc, ont quelques jours d´avance et nous nous mettrons au parfum via l´IRIDIUM avant notre arrivée. Les habitants sont méfiants. Les navigateurs ne sont pas les bienvenus car ils sont une source potentielle de contamination. Mais qu´exigent les autorités exactement ? Nous le saurons bientôt…

Nos passagers clandestins

1 avril 22 jours de navigation. On n’a même pas pensé à faire des poissons d´avril ! Quel comble ! De toute façon, aujourd’hui´hui, je ne suis pas d´humeur… Du bleu, du bleu, toujours du bleu, y en a marre ! Vivement recharger mon réservoir de vert. Je me sens comme une imprimante dont il faudrait changer la cartouche !

En parlant de poissons, ils ne mordent pas à l´hameçon. Que se passe-t-il ? Seraient-ils, eux aussi, confinés au fond de l´océan ?

2 avril. 23 jours en mer. Via l´Iridium, nous avons reçu un mail de notre ami Nath nous informant des dernières directives concernant la Polynésie Française. Le confinement est étendu jusqu´au 15 avril. De grosses amendes seront distribuées en cas de désobéissance. L´aéroport est fermé. Interdiction de se baigner. Pas de sport nautique. Ces nouvelles ne sont pas très réjouissantes…. Nous ne pourrons pas descendre à terre...

6 avril. 27 jours de navigation. Le soleil se couche de plus en plus tôt. Nous reculons les heures progressivement pour arriver à « la bonne heure » aux Marquises. Il y a 4 h en moins avec Panama et 11h30 avec la Belgique.

Ce soir, la lune est de sortie. Elle danse dans le ciel, déjà pleine…. Mais aussi fêtarde soit-elle, elle reste éblouissante, la star parmi les étoiles ! Vers 5h30, elle est tombée comme une masse derrière l´horizon. Et moi, j´ai regagné ma cabine en réveillant Sofiène au passage!

 

Coupe militaire

pour les garçons

 
 
 

7 avril. 28 jours. Comment va se passer notre arrivée en Polynésie ? Le mystère reste entier. Nous avons fait des crêpes ce matin et nous avons entamer le dernier pack de lait et les 3 derniers œufs. Nous mangeons à notre faim mais nos papilles ne salivent plus comme avant. Toutes les meilleures choses sont parties… c’est la fête à la boîte de conserve !

Veux- tu que je te dise

gémir n’est pas de mise aux Marquises.

Jacques Brel

9 avril. 30 jours de nav.

C´est le grand jour ! Hiva Oa est apparue. Nous regardons tous ensemble une ombre au loin…Est-ce un mirage ? Ebloui par le soleil, on ajuste notre vue. Non, c´est bien elle qui se dessine… Les dernières heures sont toujours les plus longues. Je me mets en condition en écoutant « les Marquises » de Jacques Brel. Les enfants sont remontés.

Il y a 2 jours, Sofiène a rempli un formulaire pour prévenir les autorités de notre arrivée en stipulant le nombre de personnes à bord et notre état de santé.  Le sémaphore nous a interpelé avant notre entrée dans la baie vers 19h30 afin de nous mettre au courant des règles en vigueur.  Il est interdit de mettre le pied à terre. L´avitaillement se fait à la supérette du port.  Tous les navigateurs en même temps. Demain, nous avons rendez-vous avec la police et Marc, du sémaphore d’Atuana,  responsable de la bonne gestion des arrivées au sein d´une communauté composée de plus ou moins trente bateaux. Sofiène et moi allons enfin dormir côte à côte une nuit complète !

Dans quelques heures, on saura à quelle sauce nous serons mangés… Pour la petite anecdote, il y a bien longtemps, les Marquisiens pratiquaient le cannibalisme rituel avec les prisonniers de guerre. Mais, tout ça, c´est du passé !!! Euhhh…enfin, j´espère !

Nos amis Isabelle et Luc nous attendent dans la baie. Nous nous réjouissons de les voir demain. Il est tard ce soir et ils n´ont pas l´autorisation de nous approcher en annexe.

Nous sommes fatigués, fiers et en même temps un peu inquiets pour la suite de notre aventure

10 Avril :

A 8h00 du mat, comme tous les bateaux de la baie d`Atuona, nous nous branchons sur le canal 16 de la VHS, pour ensuite basculer sur le 68. Nous découvrons le réseau d´informations quotidien mis en place depuis le confinement entre les bateaux, il y a 3 semaines.  Nous sommes présentés à nos pairs et la réunion commence. Chaque membre d´équipage manifeste sa présence derrière la radio en nommant son bateau.

Les anniversaires sont annoncés. Vient ensuite un bref rappel des faits historiques en cette date. Pas de nouvelles aujourd’hui en ce qui concerne le confinement mais le mercredi 15, le maire de l´île pourrait prendre la décision de lever les mesures, ce qui nous permettrait de nous balader sur l´ile.

Le bateau Jeronimo prend ensuite la relève pour l´organisation de la vie au sein de la baie. Aujourd´hui, trois personnes peuvent sortir du port pour aller chercher du cash. Les autres, s´ils le veulent, peuvent leur donner leur carte de banques et leur code ! C´est ce que nous faisons en toute confiance… Les heures d´ouverture de la superette du port sont rappelées. Un cultivateur, Bernard, vient aussi livrer ses productions sur commande, ainsi que du pain, des fruits, des légumes et des plats préparés par sa femme Anna.  Nous pouvons les récupérer lors des courses de ravitaillement, c´est à dire 3 X/semaine durant 2 heures. La seule occasion de mettre le pied à terre…

Un point sur l´évolution du Corona dans le monde est ensuite abordé par le bateau Zwerfkat. Il n´y a aucun cas de contagion au COVID-19 aux Marquises mais les autorités se méfient des arrivées par la mer. Nous avons été isolé 30 jours, il est peu probable que nous soyons porteur du virus. Mais la prudence est de mise…Un bulletin météo est ensuite fourni par Diane et son ravissant accent québecois. La séance radio se termine par la rubrique vente/achat/échange/objet perdu et recherche d´éventuels coéquipiers de navigation.

Tout le monde reste sur le canal 16 en journée. C´est une obligation en cas d´alerte tsunami. Les bateaux s´appellent sur ce canal et continuent leur conversation sur un canal libre.

Isabelle et Luc sont venus nous saluer avec un énorme panier rempli de délicieuses choses : Fromage, popcorn, crêpes, farine, flans, fruits, … Nous avons été très touchés… Les enfants leur font une fête de loin…

Moi, après une longue discussion avec eux depuis leur annexe :

  • « Montez, restez pas là ! »

Isabelle et Luc : « Euh non, c´est interdit ! »

Je n´arrive pas à me rendre compte de cette situation hallucinante… Ca fait beaucoup d´infos d´un coup ! ON NE PEUT PAS SORTIR DU BATEAU sans autorisation. Il faut intégrer cette consigne.

Mais vers 10h, nous sommes conviés tous les 5 sur le ponton. 3 policiers et Marc, du sémaphore, nous accueillent avec beaucoup de sympathie pour les formalités. Marc nous explique qu´il ne peut pas faire notre entrée au pays pour l´instant et que ça se fera plus tard….

Nous avons de la chance,  aujourd’hui, c´est le jour du ravitaillement. Nous pouvons tous descendre et nous rendre à la supérette du port. Nous faisons connaissance avec les voix entendues ce matin à la VHS. Nous discutons avec les uns avec les autres. On essaie de mémoriser les noms des personnes et des bateaux correspondant mais tout se bouscule dans nos têtes. Après un mois en mer, on redevient un peu sauvage ! Il faut le temps d´atterrir, surtout dans ces conditions si particulières. Après un lavage des mains méticuleux, nous achetons de quoi renflouer notre frigo. Ma crudivore fait la fête ! Enfin de la salade !! Mais pour les carottes et les concombres, il faudra encore attendre; Et pour les tomates on peut oublier ! Le paradoxe de la situation, c´est que nous allons tous en même temps et sans masque dans le petit magasin et que, en dehors de ces heures, nous ne pouvons pas nous approcher…

11 avril : Le wifi est très faible. Il est relayé par un bateau qui se trouve à l´entrée de la baie mais trop loin de nous. Sauf après 21h, où le réseau est moins surchargé.  Mais il est impossible de faire passer les photos sur le blog. Sofiène a diminue leur résolution pour faciliter les transferts.

Il y a 11h30 de décalage avec la Belgique. On peut facilement avoir des conversations sur WhatsApp en soirée car c´est le matin pour nos interlocuteurs. On va aux nouvelles auprès de la famille, des amis, des collègues. On découvre le monde tel qu´il est devenu. On essaie de s´imaginer l´inimaginable…

Dans la baie, depuis le confinement, une micro-société flottante s´est organisée. On apprend qu´il y a un médecin, un dentiste si jamais c´était utile. Marie, du bateau Jeronimo est la coordinatrice et interface des nouvelles locales et de toutes les commandes. Chacun essaie de rendre utile à sa manière. Il y a des échanges qui se font, notamment de films. Des poissons sont partagés. Les enfants se rejoignent pour jouer aux alentours des bateaux. Entre adultes, on fait des approches aussi. On discute dans l´eau de longs moments en mode surplace avec nos voisins. Il fait 35 degrés et le soleil est redoutable. Nous nous baignons en t-shirt.

Jill, une artiste anglaise sur son voilier, a peint la baie dans laquelle nous nous trouvons en ce moment. Vous nous avez repéré?

Les raies et requins à pointe noire nous rendent discrètement visite dans la baie…

Nous sommes au fond et au milieu. Regardez bien l’insigne de SeaCroods.

Notre confinement

Notre confinement n’aura finalement duré que 10 jours durant lesquels nous avons bien rentabilisé notre temps. Sofiène a gratté la coque. Elle était recouverte de pouces-pieds. Moi, j’ai astiqué l’intérieur. Les enfants, après les cours, ont passés des heures à jouer dans l’eau avec leurs nouveaux amis. Ils ont aussi squatté régulièrement le bateau d´Isabelle et Luc. Ils y ont fait des parties de « 10 000 », un jeu de dés qu´Isabelle leur a appris. Quant à Luc, il a donné des cours de conduite en annexe aux petits matelots, Ils passeront bientôt leur permis !

Les enfants ont cru longtemps que les cloches de Pâques allaient survoler Hiva Oa mais elles n´ont pas pris le risque de s’aventurer jusqu´ici… Il fait bien trop chaud ! Quand je fais des gâteaux, je fais fondre le beurre dans un bol que je place sur le panneau solaire. En 5 min, il est liquide !

Comme vous l’avez compris, notre vie confinée n´a pas été trop dépaysante... On aurait pu être plus mal loti… La baie est paradisiaque… Par contre, les voiliers qui étaient hors de l’eau, sur cale sèche sur le chantier naval ne sont pas du même avis… Ils sont restés durant tout le confinement perché sur leur bateau hors de l’eau, au milieu des cafards… Heureusement qu’ils étaient entourés de poules pour les aider dans leur combat !

Nous avons invité nos amis à bord un soir dès que les conditions de confinement se sont un peu assouplies.

Le 16 avril, nous avons eu droit à une première « liberté conditionnelle ». Nous avons reçu un badge par bateau nous autorisant à une sortie de 1h par jour sur l’île (sauf pour les nouveaux arrivants qui avaient l’ordre de rester 40 jours sur leur voilier, au départ). Nous devions simplement remplir un papier mentionnant l’heure de départ de notre balade quotidienne. Nous avons été hors la loi dès le premier jour car un simple aller-retour au village demande plus d’une heure de marche… L’alcool était interdit à la vente durant le confinement car les Marquisiens ont tendance à en abuser et risquaient de boire encore plus que d’habitude.

Quand on a vu le premier avion, tous les regards étaient braqués sur l’intrus venu déchirer le silence de la baie endormie. Mais elle n’allait pas tarder à ouvrir un œil… Les voitures, sur les hauteurs de la colline sont revenues animer le décor cartepostalesque qui nous entouraient, comme si l’arrêt sur image était fini et que le film pouvait continuer. Depuis le lundi 20, nous pouvons circuler librement  sur Hiva Oa. On vous racontera tout ça quand le dieu WIFI refera une apparition! Les vidéos du Cap’tain suivront dès que nous réussirons à les faire passer sur la toile.

Mon nouvel ordinateur a décidé de rendre l’âme. Décidément… Ça complique un peu la mise à jour du blog.

En attendant , prenez soin de vous et donnez-nous de vos nouvelles.

 

Un petit aperçu de notre coin de paradis…

Et son coin WIFI

Le coin de Naèl

La galerie d’art

This Post Has 14 Comments

  1. Hahaaa ! voilà de supers bonnes nouvelles des moussailons. J’ai pensé si souvent à vous avec ce foutu virus qui détrui tant de vies. Pour nous tout va bien jusqu’à présent. Nous nous inquiétons pour ma fille Lae8 qui est en gériatrie au mont Legia, et l’aînée de mes petites filles Nancy qui travaille aux soins intensifs et qui retourne ce lundi travailler au bloc.Soyez prudents , confectionnée des masques et portez les pour côtoyer du monde.Ils ne nous disent pas tout et nous prennent pour des moutons. Ils veulent commencer le déconfinement à partir du 4 mai.Mais ici nous resterons confiné et Lena ne reprendra pas l’école avant septembre .Je m’assure que tes patents se portent bien.Merci de nous faire rêver. J’attends tes récits avec impatience .Vous êtes tous épanouis, plein de joies de vivre. Soyez prudent. Et retrouvons nous un jour en bonne santé !!! MILLES BISOUS 😍💖💙💚❤

    1. Je prends seulement de répondre aux messages. Nous avons pensé à vous durant ces moments difficiles. J’espère que c’est le bout du tunnel.
      Gros bisous à toute la famille!!!!
      Isabelle et les SeaCroods

  2. Thank you! Great to see the pictures. I hope you have a wonderful time

    1. Hi Judith, we are fine thanks. We hope that all is ok for you both as well.

  3. Hi to you all,
    Thanks for the journey log.
    Great to see you coping with all types of situations….and also enjoying yourselves.
    All the Best,
    Guy from Elewijt

    1. Hi Guy,

      Good to hear from you, all is fine here. We hope that you are doing well
      Best regards
      Sofiène

  4. Hi Isabelle,
    Very happy to hear from you! What a trip!
    We are still in England ( lockdown), this Corona is a terrible thing!
    How long are you staying in the Marquis? And what will be the next place?
    I have bought here a big atlas, so I can follow every move you do 😁.
    Take care and stay save!
    Greta and Guy

    1. Hello Greta
      Comment ça va de votre côté? Vous êtes toujours en Angleterre???
      C’est cool de nous suivre sur un atlas!!!
      Nous restons encore quelques jours aux Marquises et puis, nous allons au Tuamutu
      Tous l’équipage vous embrasse
      Isabelle et les SeaCroods

  5. Que c’est beau de vous lire, vous voir, vous entendre …Bonjour à Jacques 😉
    Parrain

    1. Bonjour Parrain,
      Avons été heureux de vous parler. Nous lui passerons ton bonjour.
      bisous à vous
      Les Seacroods

  6. Hello,
    Should I speak to French or English?
    Cool, now you are close to Jacques
    Here the situation is very sade
    Alain

    1. Salut Alain, En français ce sera parfait!
      Nous avons vu la dernière demeure de notre ami Jacques, face à la mer une vue imprenable.
      Sofiène

  7. Quel bonheur de vous retrouver et de lire de si jolies aventures et nouvelles! La terre est bien belle et vous nous le rappelez à chaque fois! Depuis mon petit coin de paradis à moi, j’ai le sentiment d’être reliée à votre coin de paradis à vous…. MERCI pour cela et…. vive la suite!

    1. La terre est belle et les gens magnifiques à rencontrer pour échanger des histoires, connaissances ou souvenirs.
      bizz à la famille

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